Sophrologie Caycédienne
Extraits du livret "La Sophrologie Caydienne" du Dr Michel GUERRY Médecin Gynécologue - Obstréticien Diplômé en Psychologie médicale, Directeur de l'Ecole Supérieure de Sophrologie. Membre de la section française du Conseil Supérieur de Déontologie Sophrologique. Président du Syndicat National des Sophrologues, jusqu'à son décès le 25 décembre 2007.
La Sophrologie a été créée en 1960 par Alfonso Caycedo (né en Colombie en 1932), un neuropsychiatre d’origine basque, Professeur de neuropsychiatrie à la Faculté de Médecine de Barcelone.
Depuis 46 ans, la Sophrologie s’est constituée en tant que science fondamentale de l’Homme, et ceci à double titre :
- D’abord parce qu’elle s’intéresse au fondement même de l’être humain, à ce qui constitue son essence même, ce sans quoi il ne serait pas un être humain, à ce que l’on peut appeler son « humanicité », soit le « phénomène de conscience » et à la possibilité qu’a l’Homme de donner un sens et une valeur à ses actions présentes, passées et advenir, c’est-à-dire à la totalité de son existence.
- Elle est fondamentale aussi, parce qu’elle est une « science-mère ». Autrement dit, puisqu’elle s’intéresse à l’essence même de l’homme, elle va avoir des applications et un intérêt dans toutes les sciences qui concernent l’Homme, les sciences de la santé et toutes les sciences humaines.
La Sophrologie Caycédienne peut prétendre aujourd’hui au statut
d’une science fondamentale de l’Homme.
Elle répond en effet aujourd’hui à tous les critères nécessaires pour parler d’une science :
- Ses objectifs sont clairement indiqués.
- Ses méthodes, expérimentées à large échelle depuis quarante six ans, ont fait la preuve de leur adaptation.
- L’idée apriorique qui sous-tend toute démarche scientifique, est claire et explicite.
- Le consensus nécessaire pour établir des lois générales, indispensables à toute science, est indéniable.
1) Ses objectifs sont clairement indiqués.
Ce sont les études de la conscience humaine et des valeurs de l’existence.
Mais dire cela est insuffisant. On voit tout de suite en effet, que compte tenu des différentes connotations données aux mots « conscience » et « valeurs » par les nombreuses cultures, philosophies, religions et écoles qui se sont intéressées à celles-ci, cet objectif reste trop imprécis. Par conséquent, notre objet d’étude doit être cerné avec plus de rigueur.
En ce qui concerne le phénomène de conscience.
Ce que prétend étudier la Sophrologie est cette capacité de l’Homme à entrer en relation avec le monde, à être présent, suivant des modalités bien spécifiques et qui lui sont propres, aux différents objets et êtres qui le peuplent (y compris lui-même). Comment se constitue cette présence, quel est le phénomène par lequel les objets nous apparaissent, se montrent à nous ? Comment apparaît ce lien avec le monde ?
Ce phénomène, en l’absence duquel rien ne se donne à nous dans la présence, est l’essence même de la conscience ; il est « ce sans quoi aucune conscience humaine n’existerait ». Lorsque cette présence à soi-même, aux autres et à tous les objets du monde disparaît, lorsque ce lien se rompt, lorsqu’un être humain n’est plus présent à rien, nous disons qu’ « il a perdu conscience ».
L’objectif de l’Ecole sophrologique est donc d’élucider, d’expliciter, d’étudier ce lien. Ses méthodes n’ont pas d’autres prétentions que de voir, revoir et décrire comment il se constitue, comment quelque chose comme une conscience apparaît.
Cette démarche « phénoménologique » n’a donc strictement rien à voir avec la psychologie d’inspiration analytique, dont elle se différencie radicalement !
Le phénomène de conscience ne doit, en effet, pas être confondu avec les « contenus de conscience » ou les « vécus ».
- Chercher à expliquer par des évènements de notre passé la cause possible de tel ou tel vécu ou comportement,
- Etudier le moment où, au cours de son développement, un individu humain peut intégrer telle ou telle catégorie de contenus de conscience,
- Tenter d’établir des liens supposés entre ces différents vécus, s’intéresser aux processus par lesquels ils s’associent, s’influencent et se modifient réciproquement,
N’appartiennent pas à la démarche de la Sophrologie. De même, le sophrologue ne se préoccupe pas de remplacer tel ou tel contenu dérangeant par un autre, ni de permettre à des contenus inconscients de devenir conscients.
C’est la « Présence » elle-même et non ce qui est présent que le sophrologue étudie ! C’est la Vie de la conscience en train de se vivre avec ses capacités et ses possibles dont il s’agit !
En ce qui concerne les valeurs de l’existence.
Lorsque la Sophrologie prétend les étudier, c’est là encore, en tant que « phénomènes ». Le sophrologue ne porte aucun jugement, n’a aucun a priori sur ce que peuvent être les valeurs propres d’une personne. Il n’est le défenseur d’aucune éthique particulière. De même que la Sophrologie ne s’intéresse pas aux différents contenus de conscience, mais à l’acte de présence par lequel telle ou telle catégorie de vécus peuvent apparaître à chacun de nous, de même, c’est à l’acte par lequel l’homme peut donner quelque chose comme un sens et une valeur à son existence, auquel elle s’intéresse.
Le plus souvent la réalité nous apparaît dans une approche « ob-jectivante », en conscience naturelle pour qui « les choses sont ce qu’elle sont et ne sont pas autrement ». Mais le monde n’est pas un espace préexistant et inerte dans lequel les choses se trouveraient placées. Au-delà de tout ce qui peut se montrer comme « ob-jet » du monde, au-delà de ces apparences, il y a ce sans quoi le « montré » ne serait pas, ce sans quoi rien n’apparaîtrait à la lumière, l’acte d’apparaître de tout ce qui apparaît, l’essence même de tout vérité : le phénomène de conscience.
C’est seulement «parce que le pur acte d’apparaître s’accomplit, que la conscience déploie, au préalable, son essence que tout ce qui apparaît est susceptible de le faire» (Michel Henry in « C’est moi la vérité »).
A côté de la vérité du monde, il y a la vérité de la Vie, telle qu’elle se manifeste en chacun d’entre nous, la vie telle que nous l’éprouvons à travers notre « se mouvoir » ou notre « se tenir tranquille », notre « souffrir » ou notre « jouir », notre « s’émouvoir » ; la Vie telle qu’elle se révèle en chacun de nous, faisant de chacun de nous un vivant.
On doit bien reconnaître que l’Homme n’est pas seulement un élément réel du monde, ni seulement un « animal pensant ». Il a une manière de se rapporter au monde dans des expériences spécifiques qui consiste à le sentir, le percevoir, l’imaginer, le redouter, le craindre, l’admirer ou l’aimer, etc. Il est au monde au sens où, en se rapportant à celui-ci, il en fait l’épreuve.
L’analyse phénoménologique de la conscience ne peut, par conséquent, se contenter de partir des connaissances du monde comme le fait la science objective.
Il s’agit maintenant de s’intéresser à cette « révélation » du monde et à ces modalités à travers lesquelles nous faisons l’épreuve de la Vie et nous nous éprouvons vivant. Cette autorévélation de la Vie au vivant est dite « radicale » parce qu’absolument indépendante de tout ce qui se montre (le mouvement, la douleur, le plaisant, l’émotion, les vécus d’images et de représentations, etc.) les contenus de conscience, et dont elle est, bien au contraire, le fondement, la condition même d’existence.
Cette épreuve de la Vie en train de se vivre dans une réalité consciente, ce sentiment de vie, ce sentiment d’exister qui s’auto-révèle, le Professeur Caycedo le nomme : « Vivance Phronique ». Le terme de « Vivance » est un néologisme construit à partir du participe présent « vivant » (qui est en train de vivre) substantivé. Le terme « phronique » est dérivé de la racine grecque « phron » qui signifie l’esprit en activité.
C’est pourquoi nous qualifions la création de chacun de ces liens avec le monde, vécue consciemment, l’accomplissement de chacun de ces actes de conscience, d’« expérience vivantielle ».
2 ) Les méthodes sophrologiques sont adaptées à leurs objectifs.
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La Conscience, en tant que présence-au-monde, ne saurait s’étudier comme un objet de la nature qui serait là devant. On ne peut, en effet, voir la conscience des autres. Tout au plus, peut-on en observer certaines manifestations ! On ne peut qu’essayer de vivre consciemment le phénomène de sa propre conscience, le phénomène de cet « apparaître » du monde pour essayer de le décrire.
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C’est pourquoi la méthode d’étude ne saurait être une méthode spéculative, inductive ou déductive. Elle ne peut être qu’une description de cette « présence » en train d’apparaître et de se vivre dans l’expérience de chacun ; une expérience que nous qualifions pour cela de « vivantielle ».
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Elle n’est en outre possible qu’à condition d’expérimenter réellement le phénomène de conscience lui-même.
Cela implique que nous détournions notre attention (réduction phénoménologique vivantielle) de ce qui se donne à nous dans une actualité (les contenus de conscience) et qui nous voile cet acte de mise en relation avec le monde. L’originalité des procédés propres à la Sophrologie caycédienne tiennent à ce qu’ils sont conçus pour faciliter cette vivance phronique. Ce que propose la méthode sophrologique caycédienne se différencie donc complètement d’une simple démarche introspective à laquelle elle a été parfois, à tort, assimilée.
Pour A. Caycedo, la vivance phronique se constitue, s’éprouve pendant la sophronisation et peut être décrite comme la rencontre entre les quatre structures essentielles de l’être que sont le corps phronique, l’esprit phronique, la conscience phronique et l’âme phronique.
L’étude de la conscience proposée par la Sophrologie n’est donc pas seulement théorique, elle est pratique et « vivantielle », c’est-à-dire s’appuie sur cette façon très spéciale de vivre le phénomène de « vivance phronique » et sa répétition (loi de la répétition vivantielle). Celle-ci est en effet l’axe fondamental de la recherche et la base du processus de découverte de la conscience et de transformation de l’existence que permet la pratique de ces méthodes.
Mais si chacun peut en effet vivre sa propre expérience de l’apparaître du monde et essayer de la décrire, cela ne confère pas pour autant à ces descriptions une validité scientifique.
Cette méthode a été mise au point par A. Caycedo et sa validité vérifiée rigoureusement expérimentée à très large échelle par l’école sophrologique au cours de 46 longues années. Elle est aujourd’hui utilisée par tous les sophrologues caycédiens du monde entier, tant au cours de leur formation que pour leur propre recherche. Elle permet de vivre l’expérience de l’apparaître de la Présence, comme une réalité consciente ainsi que la mise en jeu d’un processus herméneutique. Ce dernier permet à l’existence de chacun de lui apparaître sous un jour nouveau, car porteuse d’un sens et de valeurs qui lui sont propres.
3 ) L’idée apriorique qui motive la démarche sophrologique est claire et explicite.
Si les méthodes, qu’utilise la sophrologie, dévoilent à l’Homme comment se constitue sa propre conscience, il pourra les utiliser pour renforcer cette capacité à être « consciemment ».
Il découvrira cette liberté d’utiliser ce « savoir être » particulier et qui lui est propre pour donner un sens et une valeur à ses actions passées, ses actions présentes et ses perspectives d’actions, c’est-à-dire à la totalité de son existence. De ce fait, chacun disposera de moyens supplémentaires pour vivre plus harmonieusement, parce que de manière plus libre, plus responsable et donc plus digne, son existence d’être humain.
La diffusion de la pratique des méthodes d’entraînement sophrologique et la mise à la disposition de chacun de ces moyens apparaissent, aujourd’hui, comme la meilleure politique de lutte contre les dérives sectaires. En effet, ceux qui en sont victimes sont presque toujours des personnes qui ont du mal à trouver eux-mêmes un sens et une valeur à leur propre existence. Elles se tournent alors vers les sectes avec l’illusion qu’elles vont pouvoir combler ce manque en adoptant l’idéologie que celles-ci leur proposent.
4 ) Le consensus indispensable à toute prétention scientifique est indéniable.
Tous ceux qui expérimentent rigoureusement la méthode peuvent faire une description identique des « apparitions » de cette présence vécue comme une réalité consciente. Au-delà du sens et de la valeur que chacun peut donner à son existence, ils peuvent aussi décrire le processus herméneutique de dévoilement progressif de ces valeurs. On appelle de telles descriptions des « descriptions vivantielles ».
Ces descriptions vivantielles décrivent donc ce qu’il y a d’humain dans l’homme, l’essence même de la conscience. Elles décrivent cette capacité à faire apparaître quelque chose comme un monde pour nous et à lui donner un sens. Elles dévoilent comment, nous humain, nous pouvons donner une valeur à nos actions passées, présentes et à nos perspectives d’action, c’est-à-dire à la totalité de notre existence. Il n’est donc pas étonnant de voir un consensus s’en dégager. Ces capacités sont en effet, ce qu’il y a de commun entre tous les hommes. Elles sont ce qui les unit malgré la diversité de leurs existences singulières, de leurs vécus et contenus de conscience particuliers.
Elles constituent les différentes descriptions ou théories sophrologiques, une véritable description de la conscience en tant que présence au monde, une description du phénomène de conscience.
QUELQUES CLARIFICATIONS ENTRE :
SOPHROLOGIE ET SOPHROLOGIE CAYCEDIENNE
« Sophrologie » est devenu un mot très à la mode. Bon nombre de thérapeutes se disent donc « sophrologues » pour attirer la clientèle sans avoir jamais suivi de formation sérieuse en sophrologie. En effet, aucune législation concernant cette profession n’existe pour l’instant et n’importe qui, même sans qualification professionnelle, peut exercer la sophrologie.
Il existe de ce fait toutes sortes de « Sophrologies » contradictoires, très éloignées de la nature essentielle de cette discipline. Certains même font de l’hypno-sophrologie, d’autres de l’astro-sophrologie, de la tarot-sophrologie, de la sophro-voyance, etc.
La sophrologie est devenue holistique, « transpersonnelle », « existentielle », bioénergétique, analytique, etc. Elle est également assimilée à une médecine douce ou parallèle…
Ces dérives sont apparues dès les années 1980 et n’ont cessé de s’amplifier depuis. Elles ont incité des sophrologues soucieux de sauvegarder l’esprit rigoureux et scientifique de la sophrologie telle qu’elle était conçue, à sa création, à se regrouper autour du Pr. A. Caycedo.
L’appellation « Sophrologie Caycédienne » a ainsi été déposée en 1988, par le Pr. Caycedo,afin de protéger ses recherches, ses théories et ses méthodes. Depuis, et sous cette dénomination, l’Ecole Sophrologique Caycédienne poursuit ses travaux en tant que science des fondements de l’être humain et des valeurs de l’existence et de ses applications dans les champs: clinique et socio prophylactique. Tout Sophrologue dit « Caycédien » doit être en mesure de présenter sa carte professionnelle, ce sans quoi il ne peut s’approprier la terminologie « Caycédien(ne) » qui a donc été déposée et protégée par le Pr. Caycedo.
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